Mes années de Field Engineer

De janvier 2006 à juin 2010, j’ai travaillé comme Field Engineer Wireline chez Schlumberger, aujourd’hui SLB, au Canada, en mer du Nord puis sur l’île de Sakhaline, en Russie. Derrière cet intitulé peu connu, mon quotidien associait mesures dans les puits, préparation du matériel et travail d’équipe, avec une responsabilité croissante dans la conduite des opérations.

Field Engineer, avec une spécialité : le Wireline

Field Engineer signifie « ingénieur de terrain », mais recouvre plusieurs métiers. Ma spécialité était le Wireline : descendre des instruments dans un puits à l’aide d’un câble électrique pour mieux connaître les roches et les fluides présents en profondeur. Je ne réalisais pas le forage lui-même. Mon rôle était de fournir des données fiables permettant au client de prendre ses décisions.

La mesure n’était qu’une partie du travail. Avant et après chaque intervention, il fallait préparer, vérifier, transporter, installer puis entretenir les équipements. La sécurité, la qualité des données et la coordination de l’équipe faisaient pleinement partie du métier.

Janvier 2006 à mars 2007 : l’Alberta, au Canada

Après avoir quitté Ford en 2005, j’arrive à Airdrie, en Alberta, le 2 janvier 2006. J’y commence mon intégration chez Schlumberger. Grande Prairie devient ma première affectation opérationnelle : une phase de découverte, appelée « pre-school », me permet d’aborder le travail avant de poursuivre ma formation Wireline.

Les missions se déroulent à terre, sur des sites onshore. À l’atelier, nous préparons les camions et les outils, puis vérifions leur fonctionnement. Sur le site, viennent l’installation, la descente des instruments au câble et l’acquisition des mesures. Je contrôle la qualité des données avant leur remise au client. Une fois l’intervention terminée, il reste à démonter le matériel et à assurer son entretien.

Le froid, la neige et les déplacements font partie de cette organisation. J’apprends le métier au sein d’une équipe internationale, avec les techniciens et les opérateurs. Au fil de la formation et de la validation de mes compétences, je prends progressivement davantage de responsabilités dans les missions.

Mars 2007 à l’automne 2009 : Aberdeen et la mer du Nord

En mars 2007, je rejoins Aberdeen, en Écosse, pour travailler sur des opérations offshore en mer du Nord. Le métier reste le Wireline, mais son organisation change : préparer les équipements à terre, organiser leur acheminement par mer et rejoindre les installations, notamment en hélicoptère, demande une coordination étroite avec les équipes sur place.

Mes interventions portent sur la caractérisation des formations géologiques et l’échantillonnage des fluides. Certains puits présentent des conditions de haute pression et de haute température, souvent désignées par le sigle HPHT. La préparation des outils, le suivi de leur fonctionnement et la qualité des mesures prennent toute leur importance dans cet environnement.

Lorsqu’un dysfonctionnement survient, il faut en rechercher la cause et déterminer une réponse compatible avec les exigences de sécurité et de qualité. Résoudre un problème ne signifie pas s’affranchir de ces exigences.

Je deviens Senior Field Engineer au début de 2008, puis General Field Engineer en 2009. Cette progression s’accompagne d’une maîtrise technique plus large et d’un rôle d’accompagnement auprès des ingénieurs moins expérimentés.

Des formations pour progresser sur le terrain

La formation accompagne tout ce parcours. À Airdrie, je suis OFS1 en janvier 2006, consacré à l’intégration et à la sécurité, puis la formation Wireline PEPTEC1 en février et NEST en mars.

En avril 2007, je poursuis avec PEPTEC2 à Alexandrie, en Égypte, et une formation à la survie offshore à Aberdeen. Viennent ensuite QHSE2 à Stavanger, en Norvège, en juin 2007, puis PEPTEC3 à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, en septembre 2008. Ces déplacements correspondent à des formations, pas à de nouvelles affectations.

Fin 2009, je me forme également au travail sous pression à Usinsk, dans la République des Komis, au nord de la Russie. Ces étapes complètent l’apprentissage en mission : acquérir des techniques, comprendre leurs limites et appliquer les procédures adaptées aux conditions rencontrées.

Automne 2009 à juin 2010 : Sakhaline, en Russie

Mon transfert à Sakhaline est annoncé en juin 2009, mais le départ effectif a lieu le 31 octobre. J’arrive début novembre à Yuzhno-Sakhalinsk, sur cette île de l’Extrême-Orient russe. Une nouvelle étape commence : rejoindre la base Wireline, préparer les missions et m’adapter à un autre environnement de travail, à la langue et aux équipes.

Les opérations offshore au nord de l’île nécessitent une logistique sur de longues distances. En janvier 2010, je pars pour ma première mission offshore à Sakhaline. Depuis Yuzhno-Sakhalinsk, le trajet vers Nogliki représente quatorze heures de train de nuit, avant de poursuivre vers le travail en mer.

Le déplacement fait donc partie intégrante de la mission, au même titre que la préparation et les mesures. Il faut anticiper les besoins matériels et coordonner les différentes étapes. Mon activité de Field Engineer se poursuit en Russie au début de 2010, jusqu’à mon changement de fonction en juin.

Transmettre et apprendre à travailler ensemble

Dès 2006, je raconte ce quotidien sur mon blog feetonthefield.com, d’abord pour mes proches, puis pour des lecteurs intéressés par ce métier. En 2008, j’ouvre un forum pour prolonger les échanges autour du recrutement, de la formation et de la vie sur le terrain.

Ces années m’ont appris la rigueur, l’importance de la préparation et la responsabilité qui accompagne une donnée remise au client. Elles m’ont aussi appris à travailler avec les techniciens et les opérateurs, à m’adapter et à communiquer clairement. Une intervention repose sur bien plus que l’ingénieur présent au puits : formation, encadrement, maintenance et organisation sont des métiers souvent peu visibles, mais indispensables. Mon expérience du Wireline m’a permis d’en comprendre l’importance, sans faire de moi un spécialiste de toutes les branches.

En juin 2010, je deviens responsable des opérations en Russie. Mes années de Field Engineer s’achèvent alors, avec une expérience du terrain qui devient le socle de cette nouvelle fonction.